Jeux unilingues anglais interdits au Québec? (mise à jour)
La ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre, a indiqué au Soleil que "Les jeux vidéo qui vont entrer au Québec devront être traduits en français". Voilà une nouvelle qui risque de soulever les passions. Est-ce cette déclaration aura un impact réel? Cela fait, tout de même, six ans que je vois ce dossier évoluer à pas de tortue...
Il y a près de quatre ans, je publiais un article portant le même titre sur JOUEZ.com. En effet, depuis le 7 novembre 2003, les détaillants du Québec doivent respecter l'article 51 de la Charte de la langue française, qui stipule que "Toute inscription sur un produit, sur son contenant ou sur son emballage, sur un document ou objet accompagnant ce produit, y compris le mode d'emploi et les certificats de garantie, doit être rédigée en français". Deux ans auparavant, le 7 novembre 2001, une entente provisoire avait été conclue avec des représentants de l'industrie du jeux vidéo concernant les jeux publiés sur les consoles de Sega, Sony et Nintendo, qui avaient alors deux ans pour se conformer à l'article 51. Cette entente avait permis à la Commission de la protection de la langue française de fermer plus de 350 dossiers concernant des plaintes relatives à de jeux vidéo unilingues anglais.
Si la prochaine étape logique est de faire respecter l'article 52.1 de la Charte de la langue française, qui stipule que "Tout logiciel, y compris tout ludiciel ou système d'exploitation, qu'il soit installé ou non, doit être disponible en français, à moins qu'il n'en existe aucune version française. Les logiciels peuvent être disponibles également dans d'autres langues que le français, pourvu que la version française soit accessible dans des conditions, sous réserve du prix, lorsque celui-ci résulte d'un coût de production ou de distribution supérieur, au moins aussi favorables et possède des caractéristiques techniques au moins équivalentes.", la déclaration de la ministe est surprenante, voire contradictoire. Mme St-Pierre reste vague quant au sort des jeux vidéo lancés en anglais en Amérique puis en version française en Europe quelques semaines ou même quelques mois plus tard. Seront-ils tout simplement retardés? Sinon, les détaillants auront-ils à remplacer les versions anglaises sur les tablettes dès que les versions françaises seront disponibles? C'est ce qui est arrivé pour The Legend of Zelda : Twilight Princess sur la Wii. Toutefois, comme j'ai pu le constater sur le terrain, la version anglaise est encore prédominante.
Dans un autre article du Soleil, le journaliste, qui n'a consulté qu'une seule source, commet une grossière erreur en affirmant que la presque totalité des titres des consoles de nouvelle génération sont bilingues. Rien n'est plus faux. Comme vous le savez sans doute, je tiens à jour une liste des jeux disponibles en français sur ce site. Grâce à votre collaboration, cette liste est à jour sur une base mensuelle. En comparant le nombre de jeux disponibles en français au Québec par rapport au nombre total de jeux disponibles au Québec, j'arrive à la conclusion que 6% des jeux lancés sur console depuis 2000 sont disponibles avec des textes et/ou des voix en français. Si l'on compare chaque plateforme, on constate effectivement une progression importante depuis 2-3 ans. 17% des jeux offerts sur la Xbox 360 sont disponibles en français, comparativement à 11% pour la Xbox. 13% des jeux offerts sur la Wii sont disponibles en français, comparativement à 5% pour la GameCube. Enfin, 6% des jeux offerts sur la PlayStation 3 sont disponibles en français, comparativement à 3% pour la PlayStation 2. En ce qui concerne les consoles portables, 5% des jeux offerts sur la DS sont disponibles en français, contre 4% pour la PSP et 3% pour le Game Boy Advance. On est très loin du 80% souhaité par l'OQLF.
Puisque le Québec est intégré au réseau de distribution nord-américain, où tout se passe en anglais, et qu'il est impossible d'importer de la France des jeux vidéo français, en raison de l'incompatibilité qui existe entre les formats vidéo PAL (Europe) et NTSC (Amérique), est-ce que l'article 52.1 est réellement applicable? Ce qui pose problème, d'un point de vue technique, c'est que plusieurs versions françaises sont disponibles uniquement sur les versions localisées pour l'Europe. Les développeurs utilisent la configuration EFIGS (English, French, Italian, German, Spanish) pour les jeux publiés au format vidéo PAL. Outre les fichiers textes multilingues qui sont présents sur ces versions, il y a également le formatage des vidéos qui est différent...En effet, nos téléviseurs NTSC affichent des images selon un débit de 30 images/seconde, alors que les téléviseurs PAL afffichent des images selon un débit de 25 images/seconde. La résolution est également différente. Il faudrait donc intégrer les textes français dans les versions NTSC. Est-ce que les éditeurs sont prêts à faire cela?
Nous en saurons peut-être plus au cours des prochaines semaines. Si l'entrée de certains jeux vidéo au Québec est compromise ou retardée de quelques jours (l'intérêt commercial pour un jeu vidéo étant éphémère), cela n'encouragera-t-il pas l'émergence d'un marché gris? Après tout, il n'est pas illégal de posséder un jeu vidéo unilingue anglais au Québec et rien n'empêche une personne de s'approvisionner sur Amazon.com, Ebgames.com, etc. Certains craignent aussi de voir les plus petits éditeurs bouder le marché québécois. Bien entendu, si l'industrie des jeux vidéo se conforme à la Charte de la langue française comme l'industrie du cinéma l'a fait au cours des dernières années, qui sait, nous aurons peut-être droit un jour à un plus grand nombre de lancements simultanés de jeux vidéo en français et en anglais au Québec, comme c'est le cas pour les sorties de films en salle ou en format DVD.
Mise à jour: C'est avec l'Entertainment Software Association of Canada que le Gouvernement du Québec se serait entendu. Cet organisme comprend : Activision Incorporated, Buena Vista Games, Electronic Arts, Microsoft Canada, Nintendo of Canada Ltd., Sony Computer Entertainment, Take2 Interactive, THQ, Ubisoft Entertainment, Inc. et Vivendi Universal Games, Inc. Les détails de l'entente seraient révélés à la mi-septembre.

